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Eloge du chaos
Transat BPE
Ce n’est ni le grand soir, ni le statu quo, mais un joyeux bazar semble s’installer sur la flotte de la Transat BPE. Les hommes du nord qui tenaient vaillamment la corde, voient leurs certitudes vaciller avec le vent qui mollit, quand les embusqués du sud hésitent encore à sortir de leur tanière. L’anticyclone des Açores, qui semble décidément bien facétieux, joue avec les nerfs des concurrents qui hésitent à se positionner définitivement. La mi-course se profile, mais personne ne veut crier victoire trop tôt… Seule certitude : il existe une différence de vitesse significative entre les flottes du nord et du sud.
Dispersion ! Tel semble être le mot d’ordre qui a parcouru la flotte de la Transat BPE. A l’heure des choix, le bel ordonnancement des derniers jours semble vouloir voler en éclat. Au petit jeu des empannages et des écarts de route, il semble bien qu’il n’existe plus de vérité : preuve, s’il en était besoin, que le jeu reste plus ouvert qu’on n’imagine. Au nord, quand certains choisissent de privilégier la route directe, d’autres cherchent encore à gagner dans le sud. Pour les uns, tels Nicolas Troussel (Financo), Gérald Veniard (Macif) ou Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), le salut passera par la recherche de la trajectoire la plus proche de l’orthodromie, quand d’autres espèrent retrouver un flux d’alizé plus stable au fur et à mesure qu’ils descendront en latitude. Plus au sud, certains sont tentés, comme Gildas Morvan (Cercle Vert), de profiter de leur avantage stratégique provisoire pour venir se recaler en espérant coiffer leurs adversaires. Problème : plus les routes convergent, moins les différences de pression seront sensibles. En conséquence de quoi, les gains risquent d’être minimes. Mais les risques aussi. D’autres, à l’instar d’un François Gabart (Espoir Région Bretagne) ou d’un Erwan Tabarly (Athema) semblent avoir envie de pousser leur avantage, au risque d’un retour de flamme. Plus les écarts latéraux s’accroissent, plus les mises sont importantes au grand jeu de poker menteur qui agite la flotte. D’autres semblent jouer tapis, tel Armel Tripon (Gedimat), constant dans sa volonté de gagner dans sud ou bien encore Adrien Hardy (Agir Recouvrement), fort isolé dans le nord de la flotte. Enfin, légèrement en retrait, certains attendent des jours meilleurs, tels Franck Le Gal (Lenze) qui paie ses petits soucis techniques de course ou bien encore Isabelle Joschke (Synergie), en prise avec des problèmes récurrents d’énergie.
Utopistes ou rationnels ? Réalistes plutôt… Certains parient sur l’option à long terme, quand d’autres préfèrent encore capitaliser petit à petit ce que les variations de vent leur offrent. Bref ! L’anticyclone favorisera-t-il les libres penseurs et les audacieux ou bien consacrera-t-il la victoire des petits épargnants ? Question de tempérament, bien sûr, mais aussi de circonstances, les impétueux d’un jour pouvant se transformer demain en gagne-petit. Pour autant personne ne crie victoire. D’une part, parce qu’il reste encore, au bas mot, plus d’une semaine de course et d’autre part, parce que les projections de route pour rallier Marie-Galante ne désignent pas encore une stratégie gagnante. Suivant certains modèles météo, les hommes du nord finiraient par décrocher le Graal d’une route compliquée, à flirter avec les bordures anticycloniques, quand d’autres prédisent que l’allongement de route des sudistes sera largement compensé par un vent suffisamment stable pour espérer une progression linéaire. De toutes ces considérations, les solitaires s’en fichent comme de l’an quarante. Peu leur importe de savoir qu’ils seront les porte-drapeaux d’un parcours original et révolutionnaire ou si c’est une navigation toute en prudence et opportunité qui leur permettra de goûter en premier le traditionnel ti punch qui accueille les concurrents sur la ligne d’arrivée caraïbe. Pour eux seul compte le résultat : au vu de ce qui les attend pour les jours à venir, le pragmatisme est en passe de devenir une vertu cardinale.
"Après 48h de lutte avec des vents faibles et capricieux, des voiles qui claquent et des heures éreintantes a la barre, me voilà enfin sorti du tunnel !!! Ma vitesse actuelle est de 8 noeuds, le bateau glisse à nouveau et c’est un vrai soulagement !!! Je suis enfin sous pilote avec le bateau qui va vite seul, une délivrance !!! Car qui dit pilote dit siestes et petits plats mijotés…
Je viens de prendre ma décision stratégique jusqu'à l'arrivée. Vous la découvrirez au fil des pointages et des vacations. Un petit indice : surtout plus de pétole mais des surfs à gogo!!! Il nous reste encore 10 jours de course pour enquiller des grosses moyennes afin de revenir dans le match. La partie ne va pas être facile car il y a des clients qui connaissent la musique mais on va se battre jusqu'au bout. Mon lit me tend les bras et je peux vous assurer que le bonhomme en a bien besoin.
Allez, je pars en sieste et je surfe tout ce qui bouge dès mon reveil ! A bientot." Franck, par mail, 20h.